Les scopes 1, 2 et 3 sont les trois catégories qui délimitent les émissions de gaz à effet de serre d'une organisation. Le scope 1 regroupe les émissions directes de ses propres sources, le scope 2 les émissions liées à l'énergie qu'elle achète, et le scope 3 toutes les autres émissions indirectes de sa chaîne de valeur, en amont comme en aval. Ce découpage, défini par le GHG Protocol, est repris par la réglementation française du BEGES, par les normes européennes ESRS et par le standard volontaire VSME.
L'essentiel
- Le GHG Protocol, qui a défini les trois scopes, a été développé par le World Resources Institute et le World Business Council for Sustainable Development à partir de 1998.
- Le scope 2 se calcule selon deux méthodes : l'une fondée sur la localisation, avec le mix électrique moyen du réseau, l'autre fondée sur le marché, avec les contrats d'achat d'énergie.
- Le scope 3 comprend 15 catégories, 8 en amont et 7 en aval de l'activité.
- Les crédits carbone financés à l'extérieur n'appartiennent à aucun scope : ils se déclarent à part et ne se déduisent pas des émissions.
Que recouvre le scope 1 ?
Le scope 1 correspond aux émissions directes provenant de sources détenues ou contrôlées par l'organisation. On y trouve principalement :
- la combustion de gaz, de fioul ou de charbon dans les chaudières et les fours ;
- les carburants consommés par les véhicules de la flotte ;
- les fuites de fluides frigorigènes des installations de climatisation et de froid ;
- les émissions de procédés industriels, comme la décarbonatation du calcaire dans une cimenterie ;
- en agriculture, le méthane émis par les animaux et le protoxyde d'azote issu des sols fertilisés.
Pour une entreprise de services, le scope 1 est souvent modeste. Pour un industriel, un transporteur ou un exploitant agricole, il peut représenter une part importante du total.
Que recouvre le scope 2 ?
Le scope 2 couvre les émissions liées à la production de l'électricité, de la chaleur, de la vapeur ou du froid achetés et consommés par l'organisation. Les émissions ont lieu chez le producteur d'énergie, mais elles sont attribuées au consommateur.
Depuis 2015, le GHG Protocol demande de présenter ce scope selon deux méthodes :
- La méthode fondée sur la localisation utilise le facteur d'émission moyen du réseau électrique du pays.
- La méthode fondée sur le marché tient compte des contrats de fourniture, comme les garanties d'origine ou les contrats d'achat direct d'électricité renouvelable.
En France, l'électricité du réseau est majoritairement bas-carbone grâce au nucléaire et à l'hydraulique. Le scope 2 y pèse donc souvent moins que dans des pays dont l'électricité repose sur le charbon ou le gaz.
Que recouvre le scope 3 ?
Le scope 3 regroupe toutes les autres émissions indirectes, en amont et en aval de l'activité. Le GHG Protocol les répartit en 15 catégories. En amont, on trouve par exemple les achats de biens et services, les immobilisations, le transport de marchandises entrant, les déchets, les déplacements professionnels et les trajets domicile-travail. En aval figurent notamment le transport des produits vendus, l'utilisation et la fin de vie de ces produits, et les investissements.
Pour la plupart des entreprises, le scope 3 représente la plus grande part des émissions, en particulier dans le commerce, l'agroalimentaire, la construction ou la finance. C'est aussi le plus difficile à mesurer, car il dépend de données fournies par des tiers. Nous y consacrons un article détaillé.
À quoi ressemble la répartition selon les secteurs ?
La répartition entre les trois scopes varie fortement d'une activité à l'autre. Quelques profils types permettent de s'y retrouver :
- Une entreprise de services ou de conseil : scope 1 et scope 2 limités aux bureaux et à quelques véhicules ; l'essentiel se trouve dans le scope 3, avec les achats, les déplacements et le numérique.
- Un transporteur routier : le carburant de la flotte fait peser lourdement le scope 1.
- Un industriel de la chimie ou des matériaux : combustion et procédés dominent le scope 1, et les matières premières achetées alourdissent le scope 3.
- Une enseigne de distribution : les produits achetés pour être revendus représentent l'essentiel du scope 3, loin devant les magasins eux-mêmes.
- Une exploitation agricole : le méthane des animaux et le protoxyde d'azote des sols fertilisés forment le cœur du scope 1.
Connaître son profil aide à cibler les efforts de mesure et de réduction là où ils ont le plus d'effet.
Comment fixer le périmètre de son bilan ?
Avant de classer les émissions, il faut définir le périmètre organisationnel. Le GHG Protocol propose deux approches :
- le contrôle : l'organisation comptabilise les émissions des entités et installations qu'elle contrôle, sur le plan opérationnel ou financier ;
- la part du capital : elle comptabilise les émissions à proportion de sa participation dans chaque entité.
La méthode réglementaire française du BEGES retient une approche par le contrôle. Le choix doit rester stable d'une année sur l'autre pour permettre les comparaisons. Pour les étapes complètes, consultez notre article comment calculer son bilan carbone.
Quelles erreurs éviter ?
Plusieurs erreurs reviennent souvent dans les premiers bilans :
- Oublier les fluides frigorigènes : les recharges de climatisation ont un fort pouvoir de réchauffement et relèvent du scope 1.
- Compter deux fois l'énergie : les carburants de la flotte vont en scope 1, pas en scope 2.
- Se limiter aux scopes 1 et 2 : un bilan sans scope 3 donne souvent une image très partielle de l'empreinte réelle.
- Déduire des crédits carbone : les crédits ne réduisent aucun scope ; ils se présentent à part.
Le glossaire du site rappelle les définitions utiles pour lire un bilan.
Où se placent les crédits carbone ?
Un crédit carbone correspond à une tonne de CO2 évitée ou absorbée par un projet extérieur à l'organisation. Il n'appartient donc à aucun de ses scopes. Les référentiels de reporting demandent de présenter les émissions brutes des trois scopes, puis, séparément, les crédits éventuellement financés.
Prenons un exemple aux hypothèses explicites. Une entreprise de services de 300 salariés mesure 80 tCO2e en scope 1, 40 tCO2e en scope 2 et 1 400 tCO2e en scope 3, soit 1 520 tCO2e. Elle engage des actions de réduction, puis finance 300 tCO2 par an via des projets Label Bas-Carbone. Son bilan reste de 1 520 tCO2e ; les 300 tCO2 sont présentées comme une contribution distincte.
Ces tonnes peuvent provenir d'un projet agricole comme Les Terres Fertiles de la Futaie, à Alluyes (Eure-et-Loir), où des couverts végétaux renforcés et une fertilisation ajustée sur 434,14 ha représentent 3 132,22 tCO2 labellisées. Pour démarrer, notre guide première contribution carbone détaille la démarche.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre scope 2 et scope 3 pour l'énergie ?
Le scope 2 couvre les émissions de production de l'électricité, de la chaleur ou du froid consommés. Les émissions liées à l'extraction et au transport des combustibles, ainsi que les pertes en ligne, relèvent du scope 3, dans la catégorie consacrée aux activités liées à l'énergie.
Le scope 3 est-il obligatoire ?
Dans le BEGES français, les émissions indirectes significatives sont obligatoires depuis 2023. Dans les ESRS, les catégories significatives du scope 3 doivent être publiées. Le standard VSME pour les PME l'encourage sans l'imposer dans son module de base.
Les émissions des salariés en télétravail entrent-elles dans le bilan ?
Elles peuvent être comptabilisées dans le scope 3, catégorie des trajets domicile-travail, que le GHG Protocol permet d'étendre au télétravail. Leur prise en compte reste facultative et doit être documentée.
Un crédit carbone peut-il réduire mon scope 1 ?
Non. Un crédit finance une réduction ou une absorption hors de votre périmètre. Vos émissions de scope 1 restent inchangées ; la contribution se présente à part, en complément de votre trajectoire de réduction.
Vous avez mesuré vos trois scopes et souhaitez financer des projets bas-carbone en complément de vos réductions : demandez un devis pour des projets labellisés en France.



