Dans l'agroalimentaire, la compensation carbone la plus cohérente consiste à financer des projets agricoles labellisés chez les exploitants de sa propre filière d'approvisionnement : c'est ce que l'on appelle souvent l'insetting. Pour la plupart des industriels du secteur, les matières premières agricoles représentent le premier poste d'émissions, bien avant l'énergie des usines ou le transport. Le Label Bas-Carbone propose des méthodes dédiées à l'élevage, aux grandes cultures, aux vergers et aux haies, qui permettent de mesurer et de vérifier ces réductions au plus près des fermes.
L'essentiel
- Selon le Citepa, l'agriculture représente environ un cinquième des émissions de gaz à effet de serre de la France, principalement sous forme de méthane et de protoxyde d'azote.
- Pour un industriel agroalimentaire, les matières premières agricoles constituent généralement la plus grande part du scope 3.
- Le Label Bas-Carbone dispose de méthodes agricoles reconnues, dont Carbon Agri pour l'élevage et Grandes Cultures pour les exploitations céréalières.
- Le portefeuille Stock CO2 compte 157 projets agricoles, pour 137 438 tCO2 labellisées sur plus de 26 000 hectares.
- Financer des projets dans sa filière suppose de bien articuler contribution carbone et comptabilité du scope 3, pour éviter tout double compte.
Pourquoi la filière est-elle le premier levier de l'agroalimentaire ?
Une laiterie, une entreprise de charcuterie, un meunier ou un fabricant de biscuits transforment des produits agricoles. Les émissions liées à leur production, fermentation entérique des ruminants, gestion des effluents, fertilisation azotée, carburant des tracteurs, se retrouvent dans leur scope 3, souvent dans des proportions très supérieures à celles de leurs propres sites.
C'est pourquoi les objectifs climatiques du secteur ne peuvent être atteints sans les agriculteurs. Les industriels multiplient les programmes d'accompagnement de leurs fournisseurs : diagnostics carbone en élevage, plans de fertilisation, aides à l'implantation de haies ou de couverts. Ces programmes prennent souvent la forme de cahiers des charges ou de primes, négociés avec les coopératives et les organisations de producteurs. Le Label Bas-Carbone apporte à ces démarches un cadre public de mesure et de vérification.
Pour l'agriculteur, l'intérêt est double. Le financement rémunère un changement de pratiques qui comporte une part de risque et de travail supplémentaire. Les leviers retenus, comme l'ajustement de la fertilisation, l'autonomie alimentaire du troupeau ou l'allongement des prairies, se traduisent aussi souvent par des économies d'intrants et une meilleure résilience de l'exploitation face aux aléas. Pour l'industriel, la démarche sécurise ses approvisionnements, renforce la relation avec ses fournisseurs et donne un contenu concret à ses engagements climatiques, là où se trouvent réellement ses émissions.
Quelles méthodes agricoles du Label Bas-Carbone ?
Plusieurs méthodes approuvées par le ministère couvrent les principales productions :
- Carbon Agri, pour les élevages bovins et les grandes cultures associées : conduite du troupeau, autonomie alimentaire, gestion des effluents, prairies et haies. Nous la détaillons dans l'article Qu'est-ce que la méthode Carbon Agri ?.
- Grandes Cultures, pour les exploitations céréalières : ajustement de la fertilisation azotée, couverts végétaux, légumineuses, restitution des pailles.
- SOBAC'ECO-TMM, qui porte sur la réduction des engrais minéraux et l'amélioration biologique des sols.
- Vergers et Haies, qui associent stockage de carbone dans la biomasse et cobénéfices paysagers.
Les projets Carbon Agri et Grandes Cultures durent cinq ans et reposent sur un diagnostic initial, un plan d'action et une vérification finale par un auditeur indépendant. Les projets de vergers et de haies, qui stockent du carbone dans les arbres, s'inscrivent dans une durée plus longue.
À quoi ressemblent des projets agricoles dans une filière ?
Le portefeuille Stock CO2 illustre la diversité de ces projets :
- Les Vertes Collines de la Rivière, à Loire (Maine-et-Loire) : un élevage de 313 hectares engagé dans la méthode Carbon Agri, qui améliore l'épandage de ses déjections et les valorise par méthanisation, pour 1 552,66 tCO2.
- Les Grands Prés du Soleil, à Chavagnes-en-Paillers (Vendée) : 370 hectares, avec une production accrue d'aliments à la ferme et une meilleure santé des veaux, pour 1 735 tCO2.
- Les Plaines Fleuries du Coteau, à Vix (Vendée) : 162,61 hectares de grandes cultures qui introduisent des légumineuses et augmentent les apports organiques, pour 1 590 tCO2.
- Les Terres Régénérées du Pommier, à Étourvy (Aube) : 333 hectares engagés dans la méthode SOBAC'ECO-TMM, avec une réduction d'au moins 30 % des engrais azotés achetés, pour 1 787 tCO2.
- Les Vergers des Trois-Fonds, à Trois-Fonds et La Celle-sous-Gouzon (Creuse) : 27,3 hectares et 15 000 noisetiers de plusieurs variétés, pour 1 390 tCO2.
Au total, le portefeuille compte 87 projets Carbon Agri et 52 projets Grandes Cultures, concentrés en Vendée, dans le Maine-et-Loire et en Eure-et-Loir. Notre page projets agricoles présente l'ensemble de ces projets.
Comment éviter le double compte avec le scope 3 ?
C'est la question technique centrale de l'insetting. Lorsqu'un industriel finance un projet chez l'un de ses fournisseurs, les réductions obtenues peuvent, en principe, diminuer les émissions de son scope 3. Mais si ces mêmes réductions sont aussi reconnues comme réductions d'émissions labellisées au nom de l'industriel, il faut veiller à ne pas les compter deux fois.
Trois règles de prudence s'appliquent :
- Choisir clairement, pour chaque tonne, entre une valorisation en réduction du scope 3 et une valorisation en contribution labellisée présentée à part.
- Documenter le lien entre le projet financé et les volumes effectivement achetés à l'exploitation concernée.
- Suivre les évolutions des référentiels, comme les lignes directrices du GHG Protocol sur les terres et l'initiative SBTi pour le secteur agricole et forestier, qui précisent ces règles à la date de rédaction.
Dans le doute, la présentation la plus sûre reste de publier séparément les émissions du scope 3 et les réductions d'émissions labellisées financées dans la filière. Cette prudence protège l'entreprise en cas d'audit ou de contestation, et elle n'enlève rien à la valeur du programme pour les agriculteurs, qui reste identique quelle que soit la présentation retenue.
Combien coûte un programme de filière ?
Exemple de calcul, aux hypothèses explicites :
- Une laiterie régionale souhaite accompagner 20 élevages de son bassin de collecte.
- Chaque projet Carbon Agri représente quelques centaines de tonnes sur sa durée : calculée sur les 87 projets Carbon Agri du portefeuille Stock CO2, la médiane s'établit à environ 590 tCO2 par projet.
- En finançant 10 000 tonnes, soit en moyenne 500 tonnes par élevage, et en appliquant la fourchette indicative de 30 à 50 € la tonne, le budget total se situerait entre 300 000 et 500 000 euros, réparti sur la durée des projets.
Les prix observés pour les réductions d'émissions du Label Bas-Carbone se situent le plus souvent entre 30 et 50 € la tonne, à titre indicatif ; notre page tarifs en donne le détail. Pour une vue d'ensemble des approches sectorielles, consultez notre page dédiée à l'agroalimentaire.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'insetting ?
L'insetting désigne le financement de projets de réduction ou de séquestration au sein de sa propre chaîne de valeur, par exemple chez ses fournisseurs agricoles. Il se distingue de la compensation classique, qui finance des projets extérieurs à la chaîne de valeur.
Un industriel peut-il choisir les agriculteurs qu'il accompagne ?
Oui, c'est tout l'intérêt de la démarche. L'industriel identifie avec Stock CO2 les exploitations de son bassin d'approvisionnement volontaires pour s'engager, et un projet Label Bas-Carbone est construit pour chacune d'elles ou pour un groupe d'exploitations.
Les réductions agricoles sont-elles aussi fiables que les projets forestiers ?
Elles reposent sur des méthodes approuvées par le ministère, un diagnostic initial et une vérification finale par un auditeur indépendant. Leur logique diffère : elles réduisent des émissions sur quelques années, alors que les forêts stockent du carbone sur plusieurs décennies.
L'agriculteur est-il rémunéré ?
Oui. Le financement versé par l'entreprise rémunère l'agriculteur pour les changements de pratiques engagés, qui s'ajoutent souvent à des économies d'intrants.
Pour construire un programme avec les exploitations de votre filière, vous pouvez demander un devis.



