Dans le BTP, la compensation carbone consiste à financer des projets labellisés à hauteur d'une partie des émissions résiduelles d'une entreprise ou d'un chantier, après avoir réduit ce qui pouvait l'être par la conception, les matériaux et l'organisation. Elle ne remplace pas les exigences de la réglementation environnementale RE2020, qui impose des seuils d'émissions calculés sur le cycle de vie des bâtiments neufs. Les projets forestiers du Label Bas-Carbone, qui produisent aussi le bois de construction de demain, sont particulièrement cohérents pour ce secteur.
L'essentiel
- La RE2020, en vigueur depuis 2022 pour les logements neufs, fixe des plafonds d'émissions sur l'ensemble du cycle de vie des bâtiments, avec des seuils qui se durcissent par paliers.
- Les tonnes financées dans des projets de compensation ne sont pas prises en compte dans le calcul réglementaire de la RE2020.
- Dans une entreprise de construction, les matériaux achetés, notamment le ciment et l'acier, pèsent généralement plus lourd que les engins et les déplacements.
- Dans le portefeuille Stock CO2, 49 projets comprennent du douglas, essence phare de la construction bois, le plus souvent en mélange ; ces projets totalisent 186 541 tCO2 labellisées, toutes essences confondues.
- La compensation porte sur le résiduel de l'entreprise ou d'un chantier, et se présente toujours à part de ses émissions.
D'où viennent les émissions du BTP ?
Le secteur de la construction pèse à deux niveaux dans les émissions nationales. D'une part, la fabrication des matériaux, en premier lieu le ciment, l'acier et le verre, relève de l'industrie. D'autre part, l'usage des bâtiments, chauffage et climatisation en tête, relève du secteur résidentiel et tertiaire suivi par le Citepa.
Pour une entreprise de BTP, le bilan d'émissions fait apparaître plusieurs postes :
- Les matériaux achetés et mis en œuvre, souvent le premier poste du scope 3.
- Le carburant des engins et des véhicules de chantier.
- L'énergie des installations de chantier et des dépôts.
- Le transport des matériaux et l'évacuation des déblais.
- Les déchets de chantier.
Que change la RE2020 pour la compensation carbone ?
La RE2020 a introduit une analyse de cycle de vie obligatoire pour les bâtiments neufs, avec un indicateur d'émissions liées aux produits de construction et aux équipements. Les plafonds se durcissent par étapes successives, ce qui oblige maîtres d'ouvrage et entreprises à recourir à des matériaux moins émetteurs : bétons bas-carbone, structures bois ou mixtes, matériaux biosourcés.
Il faut être clair sur un point : l'achat de réductions d'émissions ne permet pas d'atteindre un seuil RE2020. Le calcul réglementaire porte sur le bâtiment lui-même, et aucune tonne financée à l'extérieur ne vient en déduction. La compensation intervient en complément, pour les émissions que l'entreprise ou le maître d'ouvrage choisit de prendre en charge au-delà de ses obligations.
Comment réduire l'empreinte des chantiers ?
Avant de parler de compensation, les entreprises du BTP disposent de nombreux leviers :
- Choisir des bétons à teneur réduite en clinker et dimensionner au plus juste les ouvrages.
- Recourir au bois et aux matériaux biosourcés pour les structures, les isolants et les menuiseries.
- Réemployer les matériaux de déconstruction et trier les déchets à la source, en s'appuyant sur la filière de responsabilité élargie du producteur dédiée aux matériaux du bâtiment.
- Électrifier les petits engins et raccorder les bases vie au réseau plutôt qu'à des groupes électrogènes.
- Optimiser la logistique d'approvisionnement et l'évacuation des terres.
Ces actions réduisent à la fois les émissions de l'entreprise et celles des ouvrages qu'elle livre à ses clients. Elles ont aussi un effet commercial : de plus en plus de maîtres d'ouvrage, publics comme privés, demandent aux entreprises de chiffrer l'empreinte de leurs variantes et de justifier leurs choix de matériaux.
Pourquoi des projets forestiers sont-ils cohérents pour le BTP ?
Les projets de boisement et de reboisement du Label Bas-Carbone stockent du carbone pendant trente ans et au-delà. Ils préparent aussi la ressource en bois d'œuvre dont la construction aura besoin, à condition de privilégier des essences adaptées et une gestion durable. Financer une forêt, pour une entreprise de construction, revient donc à soutenir une filière dont elle sera un jour cliente.
Selon l'IGN, la forêt couvre environ un tiers du territoire métropolitain, mais une partie des peuplements souffre des sécheresses, des scolytes et des maladies. Le reboisement de parcelles dépérissantes avec des essences plus adaptées au climat futur est l'un des objets du Label Bas-Carbone. Pour une entreprise du BTP, c'est un moyen concret de contribuer à la disponibilité future de bois français, tout en finançant une séquestration mesurée et vérifiée.
Quelques projets du portefeuille Stock CO2 associant des essences de bois d'œuvre :
- Le bois de l'Étang des Merles, à Saint-Martin-du-Puy (Nièvre) : 30,9 hectares et 40 170 arbres, en douglas, mélèze d'Europe et cèdre de l'Atlas, pour 14 362 tCO2.
- Le bois du Tremblot, à Dagonville (Meuse) : 23,8 hectares de douglas, pin laricio de Calabre et sapin de Turquie, pour 6 103 tCO2.
- La forêt de l'Étoile, à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne) : 24 hectares associant chêne rouvre, douglas, pin laricio de Corse et alisier torminal, soit 48 105 arbres, pour 6 091 tCO2.
- Le bois des Limons, à Boursault et Saint-Martin-d'Ablois (Marne) : 22,5 hectares de châtaignier, chêne rouge d'Amérique, pin laricio et mélèze, pour 4 631 tCO2.
Ces projets reposent sur des mélanges d'essences, ce qui renforce leur résilience face aux aléas climatiques et sanitaires. La carte des projets permet d'en trouver à proximité de vos agences ou de vos chantiers.
Combien coûte la compensation d'un chantier ou d'une entreprise de BTP ?
Deux périmètres sont possibles. Le premier est celui de l'entreprise : ses émissions annuelles résiduelles, en particulier le carburant et l'énergie. Le second est celui d'un ouvrage : une partie des émissions de construction d'un bâtiment, prise en charge par le maître d'ouvrage. Dans les deux cas, il est utile de préciser par écrit le périmètre retenu, la source des chiffres et la part financée, afin de pouvoir répondre sans difficulté aux questions d'un client, d'un auditeur ou d'un journaliste.
Exemple de calcul, aux hypothèses explicites :
- Une entreprise de gros œuvre mesure 1 500 tCO2e par an sur ses scopes 1 et 2, principalement le gazole non routier et l'énergie des dépôts.
- Après électrification d'une partie du matériel, elle vise 1 300 tCO2e et décide d'en financer 25 %, soit 325 tonnes.
- En appliquant la fourchette indicative de 30 à 50 € la tonne, le budget annuel se situerait entre 9 750 et 16 250 euros.
Les prix observés pour les réductions d'émissions du Label Bas-Carbone se situent le plus souvent entre 30 et 50 € la tonne, à titre indicatif ; le détail figure sur notre page tarifs. Notre page consacrée au BTP et à la construction détaille les formules adaptées au secteur.
Questions fréquentes
La compensation carbone permet-elle de respecter la RE2020 ?
Non. La RE2020 évalue les émissions du bâtiment sur son cycle de vie, sans tenir compte des tonnes financées à l'extérieur. Seules la conception, les matériaux et les équipements permettent d'atteindre les seuils réglementaires.
Peut-on présenter un bâtiment comme bas-carbone grâce à la compensation ?
Il est préférable de ne pas le faire. Un bâtiment bas-carbone se définit par ses propres performances ; les tonnes financées se présentent à part, comme un engagement complémentaire du maître d'ouvrage ou de l'entreprise.
Pourquoi financer des forêts plutôt que des projets agricoles ?
Les deux sont possibles. Les forêts présentent un lien direct avec la filière bois de construction, tandis que les projets agricoles conviennent aux entreprises qui travaillent en zone rurale ou avec des clients du monde agricole.
Les appels d'offres publics valorisent-ils la compensation carbone ?
Les critères environnementaux d'un marché public doivent porter sur l'objet du marché, comme les matériaux ou l'organisation du chantier. Un engagement de compensation peut être mentionné, mais il ne remplace pas les performances de l'ouvrage.
Pour financer des forêts proches de vos chantiers et chiffrer un volume adapté, vous pouvez demander un devis.



