Une entreprise peut-elle obtenir le Label Bas-Carbone ?
Non. Le Label Bas-Carbone a été créé par un décret du 28 novembre 2018 pour reconnaître des projets qui réduisent des émissions de gaz à effet de serre ou qui séquestrent du carbone sur le territoire français1. Ce sont les projets qui sont labellisés : un boisement, la reconstitution d’une forêt dégradée, une exploitation agricole qui change ses pratiques, une plantation de haies ou de vergers.
L’entreprise intervient comme financeur. L’arrêté du 5 septembre 2025 définit le financeur comme une « personne physique ou morale ayant contribué, de manière déclarée, au financement d’un projet avant sa vérification »3. Elle peut aussi acquérir des crédits carbone après la vérification du projet : les deux voies existent5.
L’arrêté le dit en toutes lettres : « Seul le projet est labellisé »3. C’est le préfet de région qui attribue le label à un projet, puis vérifie et reconnaît ses crédits carbone3. Une société ne peut donc pas afficher le label sur ses produits ni se dire « labellisée ». Elle peut en revanche indiquer qu’elle finance tel projet labellisé, dans les limites de communication fixées par les textes (voir plus bas).
Qu’a changé la réforme de septembre 2025 ?
Le décret n° 2025-917 et l’arrêté du 5 septembre 2025 ont refondu le label23. Le changement le plus visible est de vocabulaire, mais il a des effets concrets : les « réductions d’émissions » deviennent des crédits carbone, qui peuvent être transférés d’un acteur à un autre puis faire l’objet d’un retrait24.
| Notion | Ce que dit l’arrêté du 5 septembre 20253 |
|---|---|
| Crédit carbone | Une tonne de CO2 équivalent (tCO2e) dont l’émission a été réduite ou le carbone séquestré. |
| Crédits ex post | Crédits dont la vérification a lieu après la réalisation effective des réductions d’émissions. |
| Crédits ex ante | Crédits dont la vérification a eu lieu alors que les réductions d’émissions ou la séquestration ne sont pas encore pleinement effectuées. |
| Retrait | Étape où les crédits sont utilisés par le bénéficiaire « à des fins de contribution, compensation volontaire ou obligatoire ». |
| Registre | Outil tenu par l’État, qui suit le projet de sa labellisation jusqu’au retrait des crédits. |
Pour une entreprise, la conséquence pratique est simple : une tonne financée est inscrite au registre, rattachée à un financeur, puis retirée quand elle est utilisée. Elle ne peut pas servir deux fois. Le ministère présente aussi la réforme comme un moyen de rendre le label compatible avec le reporting de durabilité européen (CSRD)6.
Comment financer un projet Label Bas-Carbone, étape par étape ?
- Mesurer et réduire d’abord. Le financement d’un projet vient après le bilan des émissions et le plan de réduction. Il ne les remplace pas, et c’est aussi ce qu’attendent les référentiels de reporting (voir notre guide Scope 3 et contribution carbone).
- Fixer l’objectif. Volume de tonnes, horizon (une année, plusieurs années), budget et message : soutenir un territoire, une filière, une forêt proche d’un site.
- Choisir le type de projet. Forestier (séquestration sur plusieurs décennies) ou agricole (réductions d’émissions et stockage dans les sols sur quelques années). Les deux peuvent se combiner.
- Examiner les projets. Méthode, localisation, durée, rabais appliqués, cobénéfices, statut (labellisé, vérifié). La liste officielle des projets labellisés est publique et filtrable4.
- Contractualiser. Les modalités sont libres : paiement en une fois ou échelonné, avant, pendant ou après le projet, et le prix se fixe de gré à gré5.
- Être déclaré comme financeur. Le financeur s’inscrit sur le registre du label57. Dans les trois mois qui suivent la signature du premier contrat, le porteur de projet y enregistre son nom et son taux de participation au financement, exprimé en pourcentage3.
- Suivre le projet. Travaux, rapports de suivi, puis vérification par un auditeur indépendant du porteur de projet3.
- Recevoir et retirer les crédits. Après la vérification, les crédits sont reconnus et peuvent être retirés au nom de l’entreprise3.
Un opérateur comme Stock CO2 prend en charge les étapes 4 à 8 : recherche et sélection des projets, contrats avec les porteurs, déclarations, suivi et documents remis au financeur.
Quelles garanties le label apporte-t-il au financeur ?
Le référentiel de 2025 fixe des conditions de qualité communes à toutes les méthodes3. Elles répondent aux questions qu’un financeur doit se poser sur n’importe quel crédit carbone.
- Additionnalité. Les crédits ne peuvent venir que de projets additionnels : la réduction ou la séquestration n’aurait pas eu lieu sans la perspective de valoriser les crédits, par comparaison avec un scénario de référence3.
- Prudence du calcul. Chaque méthode fixe ses rabais, pour l’incertitude du calcul et, pour la séquestration, le risque de non-permanence. Elle évalue aussi le risque de « fuite de carbone », c’est-à-dire d’une hausse des émissions ailleurs du fait du projet3.
- Vérification indépendante. Un auditeur indépendant du porteur de projet contrôle les résultats ; les crédits ne sont reconnus qu’après une décision administrative de vérification3.
- Contrôles de l’État. Pendant toute la durée du projet, le préfet de région peut contrôler sa conformité. En cas de fraude, d’inexactitude majeure ou de refus de contrôle, il retire le label3.
- Transparence. Pour chaque projet, le site public du label publie la description, la localisation, la méthode, les crédits potentiels puis vérifiés, le tableur de calcul, les cobénéfices et, après l’audit, les rapports34.
Ces règles ne suppriment pas tout risque : une forêt peut brûler, une exploitation peut abandonner un levier. Elles rendent en revanche le risque visible et mesuré, ce qui permet de le partager dans le contrat.
Projet forestier ou agricole : que finance-t-on vraiment ?
| Type de projet | Ce que fait le projet | Nature des crédits |
|---|---|---|
| Boisement | Planter une forêt sur une parcelle qui n’était pas boisée. | Séquestration de carbone dans les arbres et le sol. |
| Reconstitution de peuplements dégradés | Replanter une forêt détruite ou dépérissante (incendie, tempête, maladie). | Séquestration de carbone. |
| Carbon Agri, Grandes cultures | Changer les pratiques d’un élevage ou d’une exploitation de cultures. | Réductions d’émissions et stockage de carbone dans les sols. |
| Haies, Vergers | Planter des haies ou des arbres fruitiers sur une exploitation. | Séquestration de carbone. |
Un projet forestier s’inscrit dans le temps long : dans les projets Boisement et Reconstitution publiés sur notre site, la durée d’engagement est de 30 ans. Un projet agricole est plus court : cinq ans, renouvelables, pour les projets Carbon Agri et Grandes cultures de notre portefeuille. Le choix dépend donc aussi du calendrier de l’entreprise.
Que reçoit l’entreprise en contrepartie de son financement ?
L’entreprise finance une part d’un projet, rarement la totalité : un boisement de plusieurs hectares est souvent soutenu par plusieurs financeurs. Cette part est inscrite au registre sous la forme d’un taux de participation ; le nom du financeur peut, sur demande, rester anonyme sur le site public du label3. Chaque crédit n’est attribué qu’une fois, puis retiré au nom de celui qui l’utilise.
Tant que le projet n’a pas été vérifié, ces tonnes sont des réductions d’émissions attendues. Le calcul retient déjà des rabais : une part des tonnes n’est pas attribuée, pour tenir compte de l’incertitude du calcul et, pour la séquestration, du risque de non-permanence (incendie, tempête, maladie)3.
Chez Stock CO2, le financeur reçoit un espace personnel où il retrouve ses projets, leur suivi dans le temps et les documents utiles à son reporting. La fiche publique de chaque projet (localisation, méthode, essences ou leviers, cobénéfices) reste consultable par tous sur la page des projets.
Comment communiquer sur un projet financé sans risque ?
L’article 30 de l’arrêté de 2025 encadre la communication3. Elle doit indiquer le lien entre les crédits et les projets, et s’accompagner d’une communication sur les actions menées par l’entreprise pour éviter et réduire ses propres émissions. Elle ne doit pas laisser supposer que l’achat de crédits atteste d’un bilan carbone ou d’un effort de réduction de l’entreprise, ni que le label porte sur un produit ou un service.
Avant la vérification, les quantités annoncées doivent être présentées comme prévisionnelles (« estimés à », « potentiels », « conditionnels », « environ ») et accompagnées de la phrase : « La valeur définitive de l’estimation ne sera établie qu’après vérification du projet par un auditeur indépendant et la signature d’une décision administrative de vérification. »3
Deux autres textes s’ajoutent. En France, l’article L229-68 du code de l’environnement interdit, sauf conditions strictes, d’affirmer dans une publicité qu’un produit ou un service n’a pas d’impact carbone9. Dans l’Union européenne, la directive (UE) 2024/825, applicable à partir du 27 septembre 2026, interdit d’affirmer qu’un produit a un impact neutre, réduit ou positif sur l’environnement en s’appuyant sur la compensation des émissions10.
Une formulation sûre décrit ce que l’entreprise fait réellement : « nous finançons la plantation de tel boisement labellisé Label Bas-Carbone, dans tel département ; les réductions d’émissions attendues seront vérifiées par un auditeur indépendant ». Notre page Allégations environnementales détaille les formulations à éviter.
Faut-il passer par un opérateur pour financer un projet ?
Ce n’est pas obligatoire : un financeur peut contacter directement un porteur de projet5. En pratique, les projets sont nombreux, dispersés et de tailles très variables, et chaque contrat doit être suivi pendant des années. Un opérateur rassemble les projets, les examine, les contractualise et assure le suivi jusqu’à la vérification.
Quelques questions à poser à tout intermédiaire : les projets sont-ils labellisés, et lesquels ? Où sont-ils, précisément ? Quelle part des crédits du projet me sera attribuée ? Qui déclare le financement au registre ? Que se passe-t-il si le projet produit moins que prévu ? Pour aller plus loin, notre guide Choisir ses projets carbone propose une grille complète.
Questions fréquentes
Mon entreprise peut-elle être labellisée Label Bas-Carbone ?
Non. Le label est attribué à des projets situés en France, pas à des entreprises. Une entreprise peut financer un projet labellisé et en dire publiquement ce qu’elle finance, en respectant les règles de communication de l’arrêté du 5 septembre 2025.
Quelle différence entre crédit carbone ex ante et ex post ?
Un crédit ex post est vérifié après que la réduction ou la séquestration a eu lieu. Un crédit ex ante est vérifié alors qu’elle n’est pas encore pleinement réalisée. Les deux notions sont définies par l’arrêté du 5 septembre 2025.
Combien de temps dure un projet Label Bas-Carbone ?
Cela dépend de la méthode. Dans les projets publiés sur stock-co2.com, les projets forestiers sont engagés sur 30 ans et les projets agricoles Carbon Agri et Grandes cultures sur cinq ans renouvelables.
Le prix d’un crédit Label Bas-Carbone est-il fixé par l’État ?
Non. Le ministère indique que le prix se décide de gré à gré entre le financeur et le porteur de projet. Il varie selon la méthode, la taille du projet, sa localisation et ses cobénéfices. Nos repères sont sur la page Tarifs.
Peut-on financer un projet près de ses sites ?
Oui, c’est l’un des intérêts d’un label national : les projets sont localisés, souvent à la parcelle. La carte des projets permet de repérer ceux qui sont proches d’un siège ou d’un établissement.
Qui contrôle les projets Label Bas-Carbone ?
Un auditeur indépendant du porteur de projet vérifie les résultats avant toute reconnaissance des crédits. Le préfet de région peut aussi contrôler un projet pendant toute sa durée et lui retirer le label en cas de fraude ou d’inexactitude majeure.
Sources
- Décret n° 2018-1043 du 28 novembre 2018 créant un label « Bas-Carbone », sur Légifrance
- Décret n° 2025-917 du 5 septembre 2025 modifiant le décret n° 2018-1043, sur Légifrance
- Arrêté du 5 septembre 2025 définissant le référentiel du Label bas carbone, sur Légifrance
- Ministère chargé de l’écologie, Label bas carbone, liste des projets labellisés
- Ministère chargé de l’écologie, Label bas carbone, « Financer un projet »
- Ministère chargé de l’écologie, communiqué du 8 septembre 2025 sur le renforcement du Label bas-carbone
- Ministère chargé de l’écologie, Label bas carbone, « Le registre du Label bas carbone »
- Ministère chargé de l’écologie, Label bas carbone, « Les méthodes »
- Code de l’environnement, article L229-68 (allégations environnementales dans la publicité), sur Légifrance
- Directive (UE) 2024/825 du 28 février 2024 (responsabiliser les consommateurs pour la transition verte), sur EUR-Lex
