Pour une entreprise de transport routier ou de logistique, la compensation carbone consiste à financer des projets labellisés à hauteur d'une partie des émissions que la flotte et les entrepôts produisent encore après les efforts de réduction. Dans ce secteur, la majorité des émissions relève du scope 1, c'est-à-dire du carburant consommé par les véhicules. La priorité reste donc la décarbonation de la flotte et des opérations ; la compensation traite le résiduel.
L'essentiel
- Selon le Citepa, les transports sont le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, et le transport routier en représente la très grande majorité.
- Chez un transporteur, le carburant de la flotte constitue généralement le premier poste d'émissions, devant l'énergie des entrepôts.
- Des démarches d'accompagnement, comme Objectif CO2 lancée par l'ADEME avec les organisations professionnelles, aident les entreprises à réduire la consommation de leur flotte.
- La compensation carbone finance le résiduel : dans le portefeuille Stock CO2, les 166 projets de boisement et de reboisement totalisent plus de 440 000 tCO2 labellisées.
- La communication vers les chargeurs doit distinguer les émissions réduites des tonnes financées.
D'où viennent les émissions d'une entreprise de transport ?
Le bilan d'un transporteur est dominé par la combustion du gazole ou du gaz dans les poids lourds et véhicules utilitaires : ce sont des émissions directes, dites de scope 1. Viennent ensuite l'électricité et le chauffage des plateformes logistiques (scope 2), puis le scope 3 : fabrication des véhicules, sous-traitance, déplacements des salariés, emballages.
Pour un logisticien, l'équilibre est différent. Les bâtiments, le froid, la manutention et les transports sous-traités pèsent davantage. Dans les deux cas, un bilan d'émissions précis est le point de départ : il permet d'identifier les postes sur lesquels agir et de chiffrer ce qui restera à traiter.
Les chargeurs sont de plus en plus nombreux à demander ces informations. Le Code des transports impose déjà aux prestataires de transport de communiquer à leurs clients une information sur les émissions liées à chaque prestation.
Comment réduire d'abord les émissions de la flotte ?
Les leviers sont connus et, pour la plupart, rentables :
- Former à l'écoconduite et suivre la consommation par conducteur grâce à la télématique.
- Optimiser les tournées et le taux de remplissage, réduire les retours à vide.
- Renouveler la flotte vers des motorisations moins émettrices : biocarburants comme le HVO ou le B100, bioGNV, électrique pour la distribution urbaine.
- Équiper les plateformes de panneaux photovoltaïques et d'éclairage basse consommation.
- Travailler avec les chargeurs sur les délais, les fenêtres de livraison et la mutualisation.
La démarche Objectif CO2, conçue par l'ADEME avec les organisations professionnelles du secteur, accompagne les transporteurs dans ces actions. Engager ces actions avant de parler de compensation est la condition d'une démarche crédible, comme nous l'expliquons dans l'article Éviter, réduire et compenser.
Que compenser, et dans quelle proportion ?
Même avec une flotte modernisée, une entreprise de transport longue distance conserve des émissions importantes, faute d'alternatives matures pour tous les usages. Ce résiduel peut être financé, en tout ou partie, par l'achat de réductions d'émissions labellisées. Le choix de la proportion relève d'une décision de direction, à documenter et à revoir chaque année, en fonction des progrès réalisés sur la flotte et des attentes exprimées par les chargeurs.
Trois approches coexistent :
- Financer un pourcentage fixe du résiduel annuel, révisé chaque année au rythme de la décarbonation.
- Proposer aux chargeurs une option de contribution, calculée sur les tonnes émises par leurs flux, en toute transparence.
- Financer un volume symbolique mais constant dans un projet proche d'une plateforme, pour ancrer la démarche dans un territoire.
Aucune de ces options ne permet d'affirmer qu'un transport est « neutre » ; elles permettent de dire qu'une partie des émissions résiduelles a été financée dans des projets vérifiés.
Quels projets choisir pour un transporteur ?
Les projets forestiers du Label Bas-Carbone offrent des volumes importants et une durée d'engagement de trente ans, qui correspond bien à l'horizon d'investissement d'une flotte. Les projets agricoles, eux, réduisent des émissions sur des cycles plus courts et parlent aux transporteurs de produits agricoles et alimentaires.
Quelques exemples du portefeuille Stock CO2, situés à proximité de grands axes logistiques :
- Les Terres Fertiles de la Futaie, à Alluyes (Eure-et-Loir) : 434,14 hectares de grandes cultures en Beauce, avec davantage de couverts végétaux et une fertilisation ajustée, pour 3 132,22 tCO2.
- Le bois de Cercamp, à Frévent (Pas-de-Calais) : un boisement de 18 hectares en érable sycomore, mélèze hybride et douglas, pour 5 757 tCO2.
- Le bois de Miou, à Laluque (Landes) : 23,08 hectares replantés en pin maritime, pour 4 820 tCO2.
- Le bois de la Dame, à Fleury et Pournoy-la-Grasse (Moselle) : un reboisement de 102,56 hectares, pour 40 691 tCO2.
Au total, l'Eure-et-Loir compte 37 projets agricoles dans le portefeuille Stock CO2, pour 43 112 tCO2 labellisées : un gisement proche du bassin logistique francilien. La carte des projets permet de repérer ceux qui se trouvent près de vos plateformes.
Le choix d'un projet ne s'arrête pas au volume. Un transporteur qui achemine des céréales ou des produits frais peut préférer un projet agricole dans son bassin de collecte : il finance alors des pratiques qui réduisent les émissions de ses propres clients agriculteurs. Un logisticien implanté en zone périurbaine peut au contraire privilégier un boisement proche de ses entrepôts, que ses équipes pourront voir grandir. Dans tous les cas, demandez le document de projet, la date de labellisation et le calendrier de vérification : ce sont les pièces qui permettront de répondre aux questions d'un chargeur ou d'un auditeur.
Combien coûte la compensation d'une flotte ?
Le calcul part des émissions résiduelles et du prix unitaire des réductions d'émissions. Les prix observés sur le Label Bas-Carbone se situent le plus souvent entre 30 et 50 € la tonne, à titre indicatif ; ils varient selon la méthode et le projet, et sont détaillés sur notre page tarifs.
Exemple de calcul, aux hypothèses explicites :
- Un transporteur régional mesure 3 000 tCO2e d'émissions résiduelles par an après ses actions d'écoconduite et d'optimisation.
- Il décide de financer 20 % de ce volume, soit 600 tonnes, dans des projets de sa région.
- En appliquant la fourchette indicative de 30 à 50 € la tonne, le budget se situerait entre 18 000 et 30 000 euros par an.
Rapporté à l'activité, ce budget reste modeste au regard du poste carburant, et il peut être partagé avec les chargeurs qui le souhaitent. Notre page dédiée au transport et à la logistique présente les formules adaptées au secteur.
Questions fréquentes
Un transporteur peut-il annoncer des livraisons neutres en CO2 ?
Non. Le droit français encadre strictement les allégations de neutralité carbone dans la publicité depuis la loi Climat et résilience, et le droit européen les restreint encore pour les produits et services. Il est préférable d'indiquer les émissions de la prestation et le volume financé dans des projets labellisés.
Les biocarburants suffisent-ils à éviter la compensation ?
Les biocarburants réduisent fortement les émissions à l'usage, mais leur production en génère aussi, et leur disponibilité est limitée. Ils font partie de la décarbonation ; la compensation intervient ensuite, pour le résiduel.
Peut-on refacturer la compensation carbone aux chargeurs ?
Oui, à condition d'être transparent sur la méthode de calcul, le prix unitaire et les projets financés. Certains transporteurs la proposent en option, ce qui laisse le choix au client et évite toute confusion.
Les tonnes financées se déduisent-elles de l'information CO2 remise aux clients ?
Non. L'information CO2 réglementaire porte sur les émissions réelles de la prestation. Les tonnes financées se présentent à part, comme une contribution volontaire.
Pour dimensionner un volume adapté à votre flotte et à vos plateformes, vous pouvez demander un devis.



