Danger ou biodiversité forestière? Les chenilles processionnaires, s'attaquent aux pins
Parmi les insectes ravageurs des forêts françaises, la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) figure parmi les plus problématiques. Originaire du bassin méditerranéen, elle est connue pour son mode de déplacement en file indienne, sa voracité et ses poils urticants. Depuis plusieurs décennies, elle progresse vers le nord, impactant de plus en plus de peuplements forestiers. Sa présence soulève des enjeux sanitaires pour les humains et les animaux, ainsi que des défis écologiques pour la gestion forestière.
Origine et cycle de vie de la chenille processionnaire
D'où vient-elle ?
La chenille processionnaire du pin est originaire des régions chaudes du sud de l’Europe, notamment du bassin méditerranéen. Elle s’est progressivement implantée dans d’autres territoires grâce aux changements climatiques et aux activités humaines, comme le transport de bois contaminé.
Son cycle de vie
Son cycle de développement est annuel et comprend plusieurs étapes :Été: les papillons émergent et s’accouplent. Les femelles pondent leurs œufs en spirale sur les aiguilles des pins.Automne et hiver: les larves éclosent et forment des colonies dans des nids soyeux accrochés aux branches. Elles se nourrissent des aiguilles, provoquant un affaiblissement des arbres.Printemps: les chenilles quittent l’arbre en processions caractéristiques pour aller s’enterrer dans le sol, où elles se transforment en chrysalides.Été suivant: les papillons émergent, recommençant ainsi le cycle.
Caractéristiques et impact sur l’environnement
Un insecte facilement identifiable
Les chenilles processionnaires se reconnaissent à leur couleur brune et noire, avec des poils blancs urticants. Elles se déplacent en longues files indiennes au printemps, ce qui leur vaut leur nom.
Une menace pour les arbres
Elles s’attaquent principalement aux pins (Pinus sylvestris, Pinus nigra, Pinus pinaster), en consommant leurs aiguilles, ce qui affaiblit les arbres et les rend plus vulnérables aux maladies et aux autres insectes ravageurs. Dans certains cas, une forte infestation peut causer le dépérissement de parcelles entières.
Un danger pour l’homme et les animaux
Les poils microscopiques des chenilles contiennent une toxine urticante, la thaumétopoéine, qui peut provoquer des réactions allergiques sévères chez l’humain et les animaux : Chez l’homme: irritations cutanées, conjonctivites, troubles respiratoires en cas d’inhalation.Chez les animaux domestiques: en cas de contact avec la langue, un chien ou un chat peut souffrir de nécrose sévère et nécessiter des soins vétérinaires urgents.
Où la trouve-t-on en France et quels peuplements sont touchés ?
Une expansion vers le nord
Historiquement cantonnée aux régions méditerranéennes, la chenille processionnaire a progressivement colonisé le centre et le nord de la France. Aujourd’hui, on la retrouve aussi en Île-de-France, dans les Pays de la Loire et en Normandie. Son expansion est favorisée par le réchauffement climatique, qui adoucit les hivers et permet sa survie plus au nord.
Quels types de forêts sont touchés ?
Les forêts les plus vulnérables sont celles composées de pins et de cèdres, en particulier dans les zones de reboisement et les plantations monospécifiques. On retrouve donc la chenille processionnaire dans : Les landes à pins maritimes (Sud-Ouest)Les forêts méditerranéennes (Provence, Occitanie)
Les plantations résineuses en plaine et moyenne montagne
Comment lutter contre la chenille processionnaire ?
Les méthodes biologiques : une alternative durable
Face aux risques sanitaires et écologiques posés par la chenille processionnaire, plusieurs solutions biologiques ont été développées pour limiter sa prolifération. Parmi elles, l’utilisation du Bacillus thuringiensis (Bt) et le renforcement des populations de mésanges se révèlent particulièrement efficaces.
Le traitement par Bacillus thuringiensis (Bt) : un insecticide biologique ciblé
Le Bacillus thuringiensis (Bt) est une bactérie naturellement présente dans le sol, utilisée depuis plusieurs décennies comme insecticide biologique. Elle produit des protéines cristallines (toxines Bt) qui, lorsqu'elles sont ingérées par les chenilles processionnaires, provoquent des perturbations digestives mortelles.
Mode d’action du Bt:
La bactérie est pulvérisée sous forme de solution liquide directement sur le feuillage des arbres infestés, de préférence à l’automne ou en début d’hiver. Lorsque les chenilles consomment les aiguilles de pin traitées, les toxines Bt perforent leur intestin, entraînant une paralysie du système digestif. Incapables de s’alimenter, les chenilles meurent en quelques jours, stoppant ainsi la progression de la colonie.Avantages du Bt:
Sélectif: Il ne cible que les lépidoptères nuisibles, préservant les autres insectes et la biodiversité. Biodégradable: Il ne laisse aucun résidu toxique dans l’environnement.Sans danger pour l’homme et les animaux: Contrairement aux insecticides chimiques, il n’a pas d’effets secondaires nocifs.Limites et précautions d’utilisation:
Son efficacité dépend de la météo : la pluie peut réduire l’efficacité du produit. Il doit être appliqué au bon moment, lorsque les larves sont jeunes (stades L1 à L3), avant la formation des nids d’hiver. Il est souvent utilisé par les collectivités et les gestionnaires forestiers pour les traitements à grande échelle. La pose de nichoirs à mésanges : encourager les prédateurs naturels
Les mésanges, et en particulier la mésange charbonnière (Parus major) et la mésange bleue (Cyanistes caeruleus), sont des prédateurs naturels des chenilles processionnaires. Ces petits passereaux consomment jusqu’à 500 chenilles par jour en période de nidification, jouant ainsi un rôle clé dans la régulation des populations.
Pourquoi installer des nichoirs à mésanges ?
En hiver et au début du printemps, les chenilles processionnaires sont une source de nourriture pour les mésanges, qui les picorent directement dans les nids. En encourageant la présence des mésanges, on favorise un contrôle naturel et durable de la prolifération de la chenille. La mise en place de nichoirs adaptés dans les zones infestées permet d’attirer ces oiseaux et d’augmenter leur taux de reproduction.
Comment bien installer un nichoir à mésange ?
Choisir un nichoir avec une ouverture de 2,6 à 3,2 cm de diamètre pour limiter l’accès aux prédateurs plus gros. Fixer le nichoir à plus de 2 mètres de hauteur, sur un arbre, un mur ou un poteau, à l’abri des vents dominants. L’installer dès l’automne ou en hiver pour que les mésanges s’y installent avant la période de ponte au printemps.
Autres prédateurs naturels
Outre les mésanges, d’autres espèces participent au contrôle biologique de la chenille processionnaire :
Les chauves-souris, qui se nourrissent des papillons adultes en été.
Les coucous, qui consomment les chenilles malgré leurs poils urticants.
Certains insectes parasitoïdes, comme les guêpes et les mouches tachinaires, qui pondent leurs œufs sur les chenilles et les parasitent.
Les solutions mécaniques et physiques : des méthodes efficaces mais contraignantes
Face à la prolifération de la chenille processionnaire du pin, des solutions mécaniques et physiques existent pour réduire leur impact sans utiliser de produits chimiques. Ces méthodes, bien que souvent fastidieuses, sont appréciées pour leur efficacité et leur faible impact sur l’environnement.
L’échenillage : destruction manuelle des nids à l’aide de perches
L’échenillage consiste à retirer les nids de chenilles des arbres à l’aide de perches munies de crochets ou de scies. Cette méthode est particulièrement efficace lorsque l’on agit avant l’éclosion des larves et leur descente au sol.
Comment fonctionne l’échenillage ?
Il se pratique généralement en hiver, lorsque les nids de soie sont bien visibles sur les branches et que les chenilles ne sont pas encore descendues pour s’enfouir. Une perche télescopique équipée d’un crochet ou d’une scie est utilisée pour décrocher les nids. Une fois les nids récoltés, ils doivent être immédiatement détruits (brûlés ou immergés dans l’eau) pour éviter toute dispersion des chenilles.
Avantages de l’échenillage:
Solution naturelle et sans impact écologique
Efficace pour les arbres isolés (parcs, jardins, alignements routiers)
Ne nécessite pas de produits chimiques
Inconvénients et précautions:
Méthode fastidieuse et coûteuse lorsqu’elle est appliquée à grande échelle
Risque pour l’intervenant, car les poils urticants des chenilles restent actifs même après leur mort
Impossible d’atteindre les nids en hauteur sans équipements spécialisés (nacelles, grimpeurs professionnels)
Recommandation: l’échenillage doit être réalisé par des professionnels équipés de protections adaptées (combinaisons, lunettes, gants) pour éviter les réactions allergiques dues aux poils urticants.
L’installation d’écopièges : capturer les chenilles avant leur enfouissement
Les écopièges sont des dispositifs ingénieux qui permettent d’intercepter les chenilles processionnaires lorsqu’elles descendent en file indienne de leur arbre pour s’enfouir dans le sol.
Comment fonctionne un écopiège ?
Un collier en plastique muni d’une gouttière et rempli de mousse est installé autour du tronc de l’arbre. Lorsqu’elles quittent leur nid, les chenilles tombent naturellement dans le dispositif et sont dirigées vers un sac de collecte rempli de terre. Incapables de poursuivre leur cycle de développement, elles restent piégées jusqu’à leur élimination.
Avantages des écopièges:
100 % écologique, sans impact sur les autres insectes ou animaux
Facile à installer et autonome (pas besoin d’intervention humaine régulière)
Efficace sur les arbres isolés et en zone urbaine
Limites et précautions:
Ne fonctionne que sur les chenilles en descente (inefficace si elles ont déjà atteint le sol)
Doit être installé en hiver avant la migration des chenilles
Doit être vidé et entretenu régulièrement pour éviter toute dispersion des chenilles capturées
Conseil: pour maximiser l’efficacité, il est recommandé d’associer écopièges et échenillage, notamment dans les zones fortement infestées.
Les traitements chimiques et leurs limites : une solution à éviter
Bien que les solutions biologiques et mécaniques soient privilégiées, certaines collectivités ou exploitants forestiers ont recours aux traitements chimiques pour lutter contre les infestations massives de chenilles processionnaires.
Quels pesticides sont utilisés ?
Les produits chimiques généralement appliqués contre la chenille processionnaire sont des insecticides de synthèse, notamment des pyréthrinoïdes et des organophosphorés. Ces substances agissent en bloquant le système nerveux des chenilles, entraînant leur mort rapide.
Pourquoi certaines zones y ont encore recours ?
Solution efficace pour traiter rapidement de vastes surfaces infestées.
Réduction immédiate des populations de chenilles.
Pourquoi les pesticides sont problématiques ?
Impact sur la biodiversité: les insecticides chimiques ne ciblent pas uniquement la chenille processionnaire. Ils affectent aussi les insectes pollinisateurs (abeilles, papillons) et d’autres espèces bénéfiques.
Pollution des sols et de l’eau: en se dégradant, ces produits contaminent les nappes phréatiques et les cours d’eau.
Danger pour la santé humaine et animale: l’inhalation ou le contact avec les résidus de pesticides peut provoquer des irritations, des troubles respiratoires et d’autres effets nocifs.
Résistance des insectes: une utilisation répétée favorise l’apparition de populations résistantes, rendant ces produits de moins en moins efficaces.
Recommandation: en raison de leurs effets néfastes, les traitements chimiques doivent être réservés aux situations d’urgence et encadrés par des réglementations strictes.
Pour conclure
La chenille processionnaire du pin est un insecte envahissant dont l’impact écologique et sanitaire ne cesse de croître en France. Si son expansion est favorisée par le réchauffement climatique, des solutions existent pour limiter ses effets : prédateurs naturels, méthodes biologiques et actions préventives. La sensibilisation du public et des gestionnaires forestiers est essentielle pour réduire les risques et préserver la santé des forêts et des populations.



